« Ce qui embellit le désert, c’est qu’il cache un puits quelque part. » (Saint-Exupéry)

Soleil d’hiver

« Malheur à vous quand tous les hommes

Diront du bien de vous » soufflait Luc lucide,

Et dans mon coeur le bruit des sources gronde comme

Une fontaine de foudroyantes pluies acides.

Inondant des prés trop souvent ensoleillés,

L’averse salutaire abreuve un sillon de doutes

Et le poids de l’eau habite l’antre de mes pensées,

Imprimant sur mes paupières closes une sinueuse route.

Un bonheur édifiant supplanté par l’amertume,

Par la blessure vénéneuse d’une brusque déception

Lorsque des yeux fidèles se détournent dans la brume

Et que l’avenir est à modeler sur des ruines sans fond.

Il faut donc qu’il y ait des contempteurs

Pour étouffer les louanges des thuriféraires,

Un ou deux envieux, une poignée de délateurs,

Pour faire souffler dans le ciel d’azur un vent d’hiver,

Un contrepoids, un correctif, la nécessité d’un équilibre,

D’une dichotomie confrontant le beau et l’épreuve,

Sans laquelle une sourde vacance vibre

Et la vie sans douleur nous rend veufs et veuves.

L’ardeur des critiques zélés se mesure à l’aune

Des effusions d’un amant qui en dissipent le gel

Et érigent, impartiales, un légitime trône

Pour les martyrs soumis à cette vindicte cruelle.

Ainsi, au crépuscule et aux âmes grises

Succèdent les feux du levant pour qui sait les déceler

Et l’homme économe modère sa joie dans la brise

Car après la froide saison reviendra l’été.

Et si les hommes à notre égard sont unanimes,

Il est probable que parmi eux certains se fourvoient

Ou, obséquieux, multiplient courbettes et rimes

En se complaisant, allègres, dans cette mauvaise foi.

Aussi, des faux-semblants ne prenons pas ombrage

Car nous agirions vainement mais apprenons plutôt

A aimer les coeurs sincères qui pour nous bravent l’orage

Et dans l’adversité pansent nos maux.



Prométhée enchaîné

Faust à l’envers

L’homme jeune livré à l’aridité du Caucase

Rêve d’un monde moins hostile, un monde

Dans lequel il jouirait de biens, topazes

Et myriades de cristaux étincellant dans l’onde

D’un fleuve d’or au cours intarissable

Et invoque des ténèbres la voix souveraine,

Prêt à céder son âme influençable

Au profit d’un lucratif et plaisant hymen.

Un basilic envoyé en émissaire

Présente clauses et irrévocables conditions

Tandis que l’homme aux chaînes de fer

Tremble de désir devant la tentation.

« Tu courtises des biens trop élevés

Pour un homme cent fois coupable

Et cent fois châtié, aussi ce nouveau péché

Est-il par une violente mort punissable

Mais les Enfers à l’air vicié et stagnant

Ne sont pas ta destination à toi

Qui ambitionne trop et sans sentiments,

C’est donc Dieu qui te jugera

Et avec lequel il te faudra négocier

Pour jouir des biens de l’autre ciel

Tout en abjurant tes fautes et ta cupidité,

Car dans la mort encore, tu seras immortel. »



Un seul thème: la sincérité

Truismes

L’air est peuplé d’oiseaux et la vacuité

N’existe pas.

Le jour est peuplé d’images mais la réalité

Se dérobe parfois.

L’art est peuplé d’oeuvres et la beauté

Ne ment pas.

L’amour est peuplé d’horizons mais la fidélité

Se trahit parfois.

Mon air est peuplé de toi et les jours passés

Ne s’effacent pas.

Mon art est peuplé de ton amour mais ses vérités

S’effondrent pour toi.



« Sur la plage, l’homme, les bras en croix, crucifié au soleil » (Camus)

Itinéraire clandestin

Héritier d’une révolution travestie,

Il sème ses espoirs aux quatre vents

Et des blessures ouvertes, il fuit

Les ravages muets des sentiments

Et les lésions n’ayant jamais guéri.

Héritier d’un combat clandestin,

Transfuge reniant foi et espérance,

En quête du bien souverain,

Il survit au gré d’une chance

Capricieuse et d’un vil destin.

Héritier d’une lutte universelle,

Répudiant la haine et l’intérêt,

Il s’abreuve au cours artificiel

D’un agnosticisme guettant la paix

Et l’apaisement du ciel.



« La volonté d’arriver suffit à tout » (Camus)

 Les enfants de l’exode

Où vont-ils, arpentant des routes encombrées?

La peur au ventre, soupçonnant le ciel ocre

Des pires trahisons, guettant la frontière espérée

Gémissant au fracas des bombes à l’odeur âcre.

D’où viennent-ils, hâtant soudain le pas?

Le coeur oppressé, serrant des mains moites

Qui, des récents conflits conservent les stigmates

Brunis et se protègent du désarroi.

Qui sont-ils, luttant contre la fatigue et la faim?

L’oeil humide, fuyant des bourreaux anonymes,

Leur enfance volée, le sol jonché de défunts,

Qui sont-ils, ces innocents que l’on brime?

Ce sont les enfants de l’exode, les enfants

D’une fuite inique qui veillent nuit et jour,

Les pieds meurtris, quelques filets de sang

Filtrant hors de leur chair lorsqu’ils courent.

Diaspora désordonnée, ces enfants sans foyer

Livrent une lutte tenace contre l’abandon,

Contre un indicible doute, contre les larmes dévoilées,

Entonnant, pour vaincre le sort, l’ébauche d’une chanson.



Pour qui sonne le glas

 Rétrospective

Dans le verre poli, je discerne Scio et la Grèce

Eplorée, je vois Guernica et des survivants

Esseulés, des coeurs d’hommes qui cessent

De battre dans la froide Bérézina, se noyant.

Sur la toile vernie, j’esquisse le Chemin des Dames

Et, dans un angle vierge, la sombre offensive

De Stalingrad dont la mémoire des ruines sans âme

Traversera la Volga, teintant de sang ses rives

Endeuillées.



« Faute de pouvoir voir clair, nous voulons, à tout le moins, voir clairement les obscurités » (Freud)

 Mirage

Filandreuses figures archétypales aux airs de

Réminiscence, legs d’une antériorité

Désuète chérie de Jung qui y entrevoit le

Signe diffus et manifeste d’un inconscient partagé

Par de pauvres hères et des nantis sans échelle

De valeur ou de savoir, héritage commun dont la clé

Réside dans une patiente et scrupuleuse

Lecture de rêves ambigus aux symboles détournés,

Que je fuis, que je récuse, que je dénonce encore,

Dont je redoute l’illusion empoisonnée

Et les révélations tapies derrière le mirage.



L’intuition d’Hawking

 Dans une coquille de noix

Sous l’empire astral,

Fine membrane confinée,

Il questionne l’étoile,

Il effleure le voile

Et meurt embarassé.

Dans une coquille de noix,

Germe d’esprit affamé,

Il questionne les parois,

Il explore les lois

Et s’éteint, vaporeuse fumée.



« Les choses se déforment facilement quand on regarde en arrière » (Hermann Hesse)

 La ligne du temps

Pour transformer les ténèbres en lumière,

Il me fallait l’émotion fugace d’un instant

Il me fallait l’abyme de tes yeux clairs,

Pour changer l’apathie en mouvement,

Et si tes bras venaient à se dérober

La lanterne comblée de nos émois diffuserait

Encore sa douce chaleur embrasée,

Révoquant les gouttes de bronze de l’imparfait.



Les vents qui enflent les voiles du navire

 Pulsations

Maladresses érotiques, tes gestes balbutiants

M’affranchissent de craintes frigides et mon corps

Timoré s’abandonne au goût suave et chavirant

De tes lèvres occultant l’aube qui dort,

L’aube qui, menace sourde, vogue au loin, ignorant

L’étreinte de ta peau, étincelles d’ambre et d’or

Qui irradient sans peur de l’ombre du levant

Qui ajournent l’échéance en un tacite accord

Auquel mon coeur, aux amples pulsations, consent.



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